La Grande alose, grande migratrice !

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La Grande alose, grande migratrice !

Poisson bien reconnaissable de nos rivières mais devenue rare, la Grande alose nous rappelle par son épopée l’importance d’avoir des cours d’eau libres et en bon état.

Comment reconnaît-on la Grande alose ?

La Grande alose (Alosa alosa) fait partie de la famille des Clupeidae, tout comme le Hareng ou la Sardine. C’est un poisson relativement grand puisqu’elle mesure en moyenne 50 cm de long pour un poids de 1,6 kg. De couleur gris bleuté sur le dos et argentée sur les flancs, la Grande alose se caractérise par un corps fusiforme latéralement comprimé et une nageoire caudale très échancrée. On ne peut la confondre qu’avec l’Alose feinte, sa proche cousine présente également en France. La Grande alose a cependant une taille plus importante d’environ 10 centimètres, elle a des écailles disposées de manière irrégulière et une seule grande tache noire derrière l’ouïe.

Pourquoi dit-on qu’elle est « amphihaline » ?

Cela signifie qu’elle effectue une part de son cycle biologique dans la mer, et une autre en eau douce. En l’occurrence, la Grande alose est potamotoque, c’est-à-dire que c’est pour sa phase de reproduction qu’elle rejoint la rivière. Entre mars et juin, elle quitte l’océan et remonte jusqu’à 650 km de l’estuaire ! Ses sites de reproduction sont des secteurs d’eau profonde, avec une grande vitesse d’écoulement et un lit composé de cailloux ou de galets.

Sa reproduction nocturne, observable d’avril à juillet selon les conditions de température, est assez spectaculaire et bruyante : des groupes de géniteurs tournent rapidement à la surface en tapant l’eau avec leur queue, créant un tourbillon dans lequel les œufs expulsés sont fécondés. On nomme ce phénomène un « bull ». Dès la fin de l’été, les alosons prennent le chemin du large, gagnant ainsi leurs habitats de croissance sur les plateaux continentaux marins où ils demeureront 2 à 6 ans. La plupart des géniteurs meurent après la reproduction.

Quelle est la répartition de l’espèce ?

Autrefois, elle se trouvait sur l’ensemble des fleuves français. Sur la Seine, elle était par exemple présente de la Normandie jusqu’à la Bourgogne. Sur l’Yonne, elle remontait jusqu’à la région d’Auxerre ; sur le Rhône, jusqu’au Doubs en passant par la Saône. Sur la Loire, elle venait jusqu’à des affluents comme l’Arroux ou l’Aron.

À la fin du 18e siècle, ses populations se sont beaucoup réduites ou ont même disparu. En cause : la construction de barrages entravant sa migration et d’aménagements qui ont modifié fortement la morphologie des rivières. Grâce aux efforts de restauration des cours d’eau, l’Alose revient aujourd’hui sur le cours aval de la Seine ; sur le Rhône, très en aval de Lyon. Sur la Loire, elle remonte encore sur l’Arroux, l’Aron, et a aussi été signalée sur l’Acolin. Ses populations restent cependant modestes par rapport aux références historiques, et ont même tendance à réduire ces dernières années, peut-être du fait de l’évolution des conditions hydrologiques et thermiques.

Le mot de l'expert,François HUGER, Chargé de mission sur les thématiques hydroélectricité et continuité écologique, Direction régionale Bourgogne-Franche-Comté de l’Agence française pour la biodiversité
Quels enjeux de gestion la Grande alose soulève-t-elle ?

En tant que grande migratrice, elle a besoin que la continuité écologique des cours d’eau ne soit pas altérée afin de pouvoir effectuer l’ensemble de son cycle. Tant au niveau européen, national, que local, des mesures sont prises pour la conservation de ces espèces migratrices, notamment via des stratégies globales d’intervention sur les obstacles (suppression des obstacles les plus impactant sans usage, construction de passes à poissons...). Ces espèces sont des Indicateurs du bon fonctionnement écologique de nos cours d’eau et les actions entreprises bénéficient à l’ensemble des autres espèces et plus largement aux usagers de la ressource en eau.

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